LA TOTALE SOUVERAINETE DE LA BRETAGNE AU MOYEN ÂGE. RAPPEL

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DE LOUIS MELENNEC, docteur en droit, historien des Institutions politiques.

Nouvelle vidéo dans YOUTUBE : faire dans la case Google : mélennec haendel

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Ceci est une simple note, en forme de  » piqûre de rappel « , destinée à attirer l’attention sur une vidéo – non dépourvue de qualités esthétiques -, publiée par  » BREIZH ATAO  » (google : breizh atao, histoire de l’Etat breton …), mais qui, réalisée en 1995, contient de graves inexactitudes.

Ce petit film est assez remarquable au plan technique. Les illustrations sont superbes, et très bien choisies.

Il montre la puissance des Ducs de Bretagne au moyen âge, qui sont parmi les plus puissants souverains d’Europe – plus importants, notamment, que les rois d’Ecosse, de Portugal, de Navarre, de Naples, de Castille, etc.

Mais il contient de très graves erreurs :

1 – La Bretagne, au moyen âge, est un pays TOTALEMENT SOUVERAIN, sans aucune réserve. Le Duché possède TOUS LES ATTRIBUTS DE LA SOUVERAINETE, au même titre que les royaumes d’Ecosse, d’Angleterre, de Portugal, de Navarre, de Castille, de France, etc. Les ducs de Bretagne ne doivent RIEN aux rois de France, sauf les engagements que ces deux très hauts personnages contractent entre eux, d’une manière libre et consentante.

2 – L’hommage que prête le Duc de Bretagne est la concrétisation formelle, NON D’UNE QUELCONQUE SUBORDINATION au roi de France, mais d’un simple traité d’alliance entre deux souverains libres et égaux.

Les obligations qui naissent de ce contrat sont symétriques et égales : les deux co-contractants s’engagent réciproquement de trois manières différentes :

. ils s’obligent à se porter aide et assistance (c’est ce que l’on dénomme l’ AUXILIUM);
. ils s’obligent à se conseiller mutuellement (ce que l’on dénomme le CONSILIUM);
. enfin, bien entendu, ils s’engagent, en qualité d’alliés, A NE PAS SE NUIRE, et à ne pas se porter préjudice.

Les deux Etats sont séparés par des frontières (des « marges », dans la terminologie de l’époque). Ces frontières des deux Etats sont imperméables : les Bretons sont chez eux en Bretagne, les Français sont chez eux en France; le roi de France ne possède AUCUNE autorité en Bretagne, ne peut y effectuer aucun acte d’autorité; et réciproquement.

C’est une gravissime erreur de dire que les Ducs  » tentent de s’affranchir de l’autorité des rois de France, et de se rendre indépendants  » ou encore  » les Ducs ont caressé l’idée de devenir indépendants « . Il faut le dire et le redire, le répéter encore et encore  : la BRETAGNE EST, AU MOYEN AGE, UN ETAT STRICTEMENT INDEPENDANT, au même titre que la France. Les rapports des deux Etats sont des rapports de force et de coexistence souvent peu pacifiques, en aucun cas des rapports de subordination. La France, comme on le sait, finit par l’emporter, à partir de 1487. Mais PAR LA FORCE, et par aucun autre moyen.

Ce qui n’exclut pas que, bien entendu, le roi de France étant le souverain le plus puissant de la Chrétienté, il possède une supériorité HONORIFIQUE sur les autres souverains, même si, en DROIT, ces très hauts seigneurs sont égaux.

Les concepts de  SOUVERAINETE et d’INDEPENDANCE relèvent de la seule compétence des juristes spécialisés – actuellement des spécialistes du droit public, et des spécialistes de l’histoire des Institutions (cette discipline est, non pas une matière historique, mais une matière JURIDIQUE, enseignée dans les facultés de droit, non dans les facultés de lettres ou de sciences dites  » humaines « ). Les historiens stricto-sensu ne sont pas compétents pour en parler, ce qui explique les graves erreurs commises par eux sur ces sujets délicats – quels que soient leurs mérites par ailleurs; les trois auteurs apparaissant dans ce film en sont pourvus, comme les autres, mais dans le cadre de leurs compétences respectives seulement. (M. Yves COATIVY, notamment, avec Daniel CARIOU, est l’un des spécialistes les plus réputés en matière de monnaies bretonnes; voir son ouvrage : La monnaie des ducs de Bretagne, de l’an mil à 1499, Presses universitaires de Rennes, 2006, dédicacé à l’auteur de la présente note).

Je renvoie, une fois de plus, pour ne pas citer une littérature immense dont les auteurs sont des juristes stricts, au petite traité maintes fois cité dans mes chroniques :
F. L. GANSHOF, Qu’est-ce que la féodalité, Paris, 1982, éditions Taillandier, 297 pages.

On trouvera ci-après un bref extrait introductif à l’article publié par Louis MELENNEC dans son  » blog « , intitulé :

 » LA COLONISATION DE LA BRETAGNE PAR LA FRANCE « . Pour lire cet article, passer simplement par la case Google.

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LA BRETAGNE AUX 14 ème et 15 ème SIECLES : UN ETAT CENTRALISE ET SOUVERAIN.

(Extrait de l’article publié dans la blog de Louis MELENNEC, sous le titre :  » LA COLONISATION DE LA BRETAGNE PAR LA FRANCE « ).

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L’histoire officielle, dans une vision simpliste et incompétente, dont il reste encore des traces, a enseigné que, le roi de France étant le ” Suzerain ” du duc de Bretagne, celui-ci était son sujet, son subordonné. La Bretagne, dès lors, selon cette affirmation tout à fait fausse, est – peu ou prou -, une partie du royaume de France. La guerre de 1488, en conséquence, est une ” remise en ordre ” par le roi de France des troubles qui agitent le Duché, dans lequel se sont réfugiés de très hauts seigneurs français, en conflit violent avec la soeur du jeune roi Charles VIII, Anne de Beaujeu, qui dirige le royaume au nom de son frère d’une main de fer, ces hauts seigneurs étant censés menacer la France. Parmi les réfugiés auxquels le Duc accorde sa protection : Louis d’Orléans, proche parent de la famille ducale, cousin du roi et héritier du trône de France (il deviendra roi, sous le nom de Louis XII, dix ans plus tard, et épousera Anne de Bretagne en janvier 1499) (Excellent exposé dans la Borderie …..; pour une étude détaillée, voir : Paul Pélicier, Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, 1483 – 1491, 315 pages. Première édition : Chartres 1882; réimpression Slatkine reprints, Genève, 1970; introuvable,  l’ouvrage est remarquable, très fouillé, et comporte la reproduction de correspondances, d’extraits d’archives que l’on ne trouve nulle part ailleurs; c’est, à mon avis, le meilleur travail qui ait été effectué sur les invasions de la Bretagne par les armées françaises de Charles VIII; les intentions des protagonistes, notamment, résultent des lettres trouvées par l’auteur, qui lèvent tous les doutes et toutes les interrogations : d’une probité intellectuelle absolue, l’auteur démontre comment ces guerres sont menées par la France, dans le but de conquérir la Bretagne, et les moyens extrêmement déloyaux qu’utilisent les Français …).

Le Duché, on le sait, n’est absolument pas issu du ” démembrement ” de la France. Depuis le 6 ème siècle, après la disparition de l’Empire romain, la Bretagne continentale (l’ancienne Armorique) est un pays distinct de celui envahi par les Francs, même si, divisé en plusieurs principautés, il ne constitue un pays uni que sous les rois Nominoé, Erispoé, Salomon. Un Duc unique, après une longue phase intermédiaire, ne sera reconnu à nouveau que beaucoup plus tard, jusqu’à la mort de Claude, fille d’Anne de Bretagne, en 1524. A aucun moment de l’histoire de la Bretagne, les Ducs n’ont été redevables aux rois de France de quoi que ce soit, excepté les ” services ” que les deux souverains se sont rendus en qualité d’alliés, ces services étant réciproques, durant les périodes d’alliance effectives, qui ont été entrecoupées de phases de guerre et de contentieux violents. Aucune puissance étrangère – certainement pas la France – n’a conféré au Duc de Bretagne le droit de régner, d’exercer ses fonctions, d’être le Souverain des Bretons. Ceux-ci ont élaboré EUX-MÊMES leurs Institutions au fil des siècles. Toutes les ingérences françaises jusqu’aux invasions destructrices de 1488 et 1491, se sont soldées par des pertes et des fracas pour la France.

(Les historiens “classiques”, non juristes, n’ont rien lu des écrits très savants élaborés dès le 11 ème siècle au moins, et ignorent que l’hommage du Duc de Bretagne au roi de France, n’est rien d’autre qu’un CONTRAT, un traité d’alliance entre deux seigneurs, qui s’engagent réciproquement et symétriquement à se conseiller (consilium), à s’aider mutuellement (auxilium), à ne pas se nuire, même si le roi de France est, au plan honorifique, plus prestigieux que le Duc de Bretagne (Rappel indispensable, une fois de plus : lire en entier, le crayon à la main, le petit traité de F.L. GANSHOF, Qu’est-ce que la féodalité, Paris 1982, Tallandier, collection pluriel, 297 pages; interdiction formelle, désormais d’écrire, comme le fait Minois, dans son ouvrage – pas très excellent – sur DUGUESCLIN : ” Depuis au moins quatre siècles … le duc de Bretagne prête hommage au roi, la Bretagne fait (donc) partie du royaume (!!!!) ).

Au moment des dernières guerres d’invasion, à la fin du 15 ème siècle, la Bretagne est un Etat centralisé, totalement souverain, au même titre que  la France, l’Angleterre, la Castille, le Portugal, le royaume de Naples, et maints autres Etats. Cet Etat est gouverné – sagement, on peut le dire, sans guère d’ excès de la part d’aucun de ses Ducs (exception : le français Pierre Mauclerc, Duc-consort, mari de la duchesse Alix),  par une très vieille dynastie, antérieure à celle des Capet, globalement aimée de son peuple, prestigieuse et respectée de toute l’Europe, surtout, exerçant DANS TOUS LES DOMAINES, sans en excepter AUCUN, avec le concours du Parlement général de Bretagne, les prérogatives de la puissance souveraine : le gouvernement, l’écriture du droit, la justice, la guerre et la paix, la diplomatie, les monnaies et la politique financière …..

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE.

PLANIOL Marcel, tome 3, pages 51 à 162, chapitres IV à IX. L’étude de Planiol, remarquable et complète – à ce point qu’elle rend inutile toute nouvelle thèse future sur ce sujet -, est absolument irréfutable. Le seul problème réel qui reste posé : les historiens universitaires doivent désormais se convertir aux disciplines juridiques, et aux sciences politiques, et ne plus parler des problèmes de droit qu’en se donnant les moyens de le faire. C’est très facile : accomplir tout le cursus universitaire jusqu’au doctorat (soit dix ans environ); puis pratiquer le droit pendant dix ans encore, surtout le droit public. Rappelons que Marcel PLANIOL est notre plus grand juriste, d’une envergure intellectuelle immense (voir sa biographie dans Internet). Il n’est lu par à peu près personne en Bretagne.

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